Quand la madame d’Urbania m’a demandé de lui écrire ce qui se passait côté réseaux sociaux dans mon Nunavik d’adoption, elle oublié de me préciser / j’ai pas compris que mon topo ne devait pas dépasser les 200 mots. Donc moi, j’me suis laissée aller.
Voici donc l’intégrale du texte dont un extrait sera publié dans le prochain numéro d’Urbania.
Vissipuk, ou Facebook en inuktitut
Le Nunavik est l’opposé de la gravité. Newton nous a appris que tout ce qui monte redescend; hors, ici, tout ce qui vient « d’en bas » fini par monter. C’était donc une question de temps avant que le fameux Web 2.0 s’embarque sur les ailes d’Air Inuit et répende sa bonne nouvelle à travers les 14 communautés.
Au sud (ce qui signifie pour nous tout ce qui se situe sous le 55e parallèle), les réseaux sociaux ont révolutionner le monde des communications. On crée un événement sur Facebook, on transmet l’information par courriel, on tweet l’adresse qui, si on est chanceux, sera RT assez de fois pour que Anne-Marie Withenshaw s’y présente. On cherche sur MySpace un band underground qui aurait envie de performer à notre boume du siècle. On reçoit une confirmation sur son wall et on envoie une Twitpic de notre face heureuse à partir de notre iPhone. Ici, autre game. Complètement.
Les communications n’ont pas besoin d’être révolutionnées ici. Pas pour l’instant, du moins. Je veux dire, en habitant dans une communauté qui compte entre 180 (Aupaluk) et 2000 habitants (Kuujjuaq), si quelqu’un a quelque chose à dire, un bon gros cri et tout le monde à compris.
Farce à part, chacune des communautés est dotée de la technologie FM et d’une grosse antenne. Dans les maisons inuites, le FM (c’est vraiment comme ça qu’on l’appelle) est ouvert en permanence. Si le maire a un message à faire passer aux citoyens, il appelle au FM. Si l’eau n’est soudainement plus potable, le message passe au FM. Si un ours se promène dans le village, le message de rester barricadé dans sa maison passe au FM.
Le FM sert aussi d’Alerte Amber. On ne trouve pas quelqu’un ? On n’a qu’à appeler au FM (ou à franchir les 45 pas qui nous sépare de la station) ! Les chances sont que, quelques minutes plus tard, on recoive un appel du disparu ou, si on est chanceux, sa visite. Devant un moyen aussi efficace, pourquoi se servir des réseaux sociaux pour communiquer ?
Les réseaux les plus populaires chez mes concitoyens sont Bebo et Facebook. (Pour ceux qui ne connaissent pas Bebo, on pourrait dire que c’est un mélange entre MySpace et Facebook). Et ils se servent des deux plates-formes pour des trucs similaires : mettre des photos en ligne, retrouver des amis perdus, jouer à Farmville, recrûter des zombis, envoyer des Growing gifts et écrire tout ce qui leur passe par la tête dans leur statut. Finalement, leur utilisation s’apparente fortement à la nôtre à nos début dans l’univers 2.0.
Rappelez-vous notre émergence dans cet univers. Les heures passées à chercher notre meilleur ami de la maternelle, regarder les photos de nos « amis », poker notre ancienne flamme. Toutes les fois où nous avons mis en ligne le résultats de quizz insignifiants, les acrostiches de nos noms ou a mettre à jour notre mood of the day. Il a fallu quelques années avant que nous nous rendions compte du potentiel de diffusion d’information de cette plate-forme. Il en sera probablement de même pour nos voisins inuits.
De temps en temps, ils passent sur le mur de leurs amis et laissent un doux « Nalligivagit (je t’aime) et je m’ennuie ». Les mots écrits de leur propre chef sont néanmoins nettement moins présents que les « … vient de vous envoyer un sourire », « … vient de vous envoyer un valentin », « votre chance aujourd’hui est de 78% », « … vous a ajouté à Top Friends ».
Si le sud continue de monter au nord aussi facilement et aussi rapidement, il ne sera pas surprenant, d’ici quelques années, de voir un Inuit créer un événement sur Facebook, transmettre l’information par courriel, tweeter l’adresse qui, si il est chanceux, sera RT assez de fois pour que Elisapie Isaac s’y présente. Il cherchera sur MySpace un band underground qui aurait envie de performer à sa boume du siècle. Il recevra une confirmation sur son wall et enverra une Twitpic de sa face heureuse à partir de son iPhone. Est-ce une bonne nouvelle ? Probablement pas. Mais ça, c’est un autre débat.
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1 RT: diminutif de retweeter. Sur Twitter, quand on utilise le RT, on rediffuse l’information de quelqu’un que l’on suit aux gens qui nous suivent.
Je tiens à remercier publiquement la madame d’Urbania pour ses gentils compliments. J’ai maintenant la certitude d’être merveilleuse. Maintenant, j’vais me gaver de Nutella.
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* Source image: http://urbania.ca/


@Laurent Lasalle: J’en fait la contrebande. Aussi, il nous est interdit de nous promener sans vêtement.
@AlloAnnie: Merci chère Capricieuse de ton support grandement apprécié. Tu peux me croire que maintenant, je vais me tenir sur mes gardes. Grâce aux bons conseils de Cécile Gladel, je serai nettement mieux préparée lors de ma prochaine commande de texte. Live and learn qu’ils disent… De toute façon c’est pas grave, un jour on va s’arracher mes textes #commentessayerdeseremonterlemoral
Nancy vs Urbania… Urbania #FAIL.
Vous avez du Nutella au Nunavik? J’croyais qu’y’avait un embargo sur tout ce qui commençait pas Nu et qui n’était pas le nom de ce coin de pays… #themoreyouknow