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André et le chocolat


C’est au plus pro­fond de l’océan que l’on retouve les créa­tures les plus effrayantes et les plus mys­tiques de toutes les créa­tures dans l’histoire des créa­tures. Elles ont des gros yeux, des grosses dents, they glow in the dark. Bref, rien de com­pa­rable à Sébas­tien, Polo­chon ou encore Némo.

Un jour, j’ai ren­con­tré un pois­son géant qui était perdu à la sur­face. J’étais alors en voyage dans un pays loin­tain dont le nom est tel­le­ment dif­fi­cile à pro­non­cer que ne vous ima­gi­nez pas que je vais l’écrire. J’ai beau­coup trop de res­pect pour vous, je ne pour­rais pas vivre avec le fait de vous avoir fait vivre un tel sup­plice intel­lec­tuel. Vous me remer­cie­rez plus tard, ça va, je peux com­prendre que vous avez d’autres chats à fouet­ter, même si le fait de fouet­ter un chat n’est pas une acti­vité que je pré­co­nise, sur­tout que la cruauté ani­male n’est pas mon hobby le plus cher.

J’ai ren­con­tré un pois­son géant, donc.

Il s’appellait Toki­ghou­ni­ka­tuiuip, mais il pré­fé­rait que je l’appelle André. Je ne com­pre­nais pas le choix du nom; je veux dire, quand on peut choi­sir son pré­nom, il me semble qu’on en choisi un qui est musi­ca­le­ment agréable. André! AN-DRÉ. Mais bon, c’était son choix. J’étais qui moi pour lui dire quel choi­sir… c’était pas comme s’il était mon ami d’enfance et que je pos­sé­dais le pri­vi­lège de don­ner mon avis. Je venais à peine de le rencontrer.

André s’était perdu. Il avait suivi un sonde plon­geuse, engin méca­nique ser­vant à explo­rer les fonds marins, et il s’était retrouvé à la sur­face. Je me suis dit qu’il n’était pas vrai­ment perdu, qu’il n’avait à remettre son nez dans l’eau et de suivre son nez jusqu’à ce qu’il touche le sol. Eh bien non! Mon plan de valait pas de la merde selon ses dire.

Moi: ” Tu as une meilleure solution?”

André: “Non, mais ton plan, c’est de la grosse merde?”

Moi: “Mais où as-tu appris à uti­li­ser un tel voca­bu­laire? Les gros mots se rendent jusque dans les bas-fonds de la planète?”

André: “Ché­rie, si tu savais toute la merde qui est déver­sée dans l’eau…”

Devant ce point qui était à l’abris de toutes contra­dic­tions, avouons-le, peuple pol­lueur, je me suis ravi­sée au fait que j’allais conver­ser avec un pois­son géant qui avait de larges connais­sances en matières fécales.

Puisque mon plan n’était pas sani­taire, il fal­lait en trou­ver un autre. Com­ment allais-je faire pour aider un pois­son à retour­ner s’enfermer dans la noir­ceur et la pro­fon­deur alors que nous, bipèmes intel­li­gents, sommes plu­tôt atti­rés par la sur­face. C’était le moment du défi.

J’ai pro­posé nombre de solu­tions toutes plus défé­cantes les unes que les autres selon André. Je n’aimais pas son pré­nom et je ne lui disais pas. Lui n’aimais pas mes idées et se don­nait à coeur joie pour me le faire sentir.

Il avait faim. Je lui ai fait décou­vrir le cho­co­lat. C’est qu’il avait le bec fin en plus ce gros gluant, il ne man­geait que du 85%. À ce moment même, le génie sor­tie de sa lampe et m’envahi le cortex.

Je me suis ren­due chez le cho­co­la­tier et ai acheté 67 kilos de cho­co­lats à 85% de cacao. Je lui ai demandé de le faire fondre et de m’en sculp­ter un pois­son fémi­nin aux men­su­ra­tions par­faites. Une poi­son­nette. Quand il me remis mon pois­son sucré, je me suis armée de cos­mé­tiques pour lui faire une beauté. Je devais mettre toutes les chances de mon côté.

Puis, je suis allée voir l’homme fort du vil­lage pour qu’il me sou­lève la plus grosse roche de ce même vil­lage. Mon vil­lage en fait. Pour­quoi je dis “ce” vil­lage alors qu’il m’appartient. J’ai acheté toutes les rues, toutes les mai­sons et tous les citoyens. Ce vil­lage ne peut pas plus m’appartenir.

Ensemble, nous somme retourné au bord de MON lac avec 67 kilos de pois­son cho­co­laté et un caillou de 304 kilos.

En voyant tout ce cacao, cette fémi­nité et ce mas­cara, André a cra­qué. Je me suis fait ven­tri­loque afin que la sculp­ture converse avec lui. Il était amoureux.

André: “Je te sui­vrai jusqu’au bout du monde…”

Moi alias Pois­son fémi­nin en cho­co­lat: ” Prouve-le.”

J’ai fait signe à l’Homme fort de garo­cher le caillou au fond du lac. La poi­son­nette vola dans les aires avec grâce et assu­rance avant de plon­ger tête pre­mière dans le plan d’eau. Ni une, ni deux, André la suivi.

Je ne l’ai jamais revu.

écrit le 19 mars 2008

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* Source image: http://www.flickr.com/photos/sandrascakes/3870034747/

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Publié le
Wednesday, October 28th, 2009
Catégorie(s):
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