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Finalement, ils m’aiment, mais n’aiment pas le rose…


Je viens de rece­voir ma réponse d’Urbania. Je vous la dicte.

Chère Auteure Exeptionnelle,

Devant votre texte qui, n’ayons par peur de pas mâcher nos mots, était net­te­ment plus fort, mieux écrit et plus inté­res­sant que les 7 700 000 autres que nous avons reçus, nous avons voulu vous connaître d’avantage afin de deve­nir des grou­pies invé­té­rés. C’est en visi­tant votre blog que tout s’est gâché. Voyez, il est impos­sible pour nous de col­la­bo­rer avec une auteure, aussi talen­tueuse soit-elle, si celle-ci affiche plei­ne­ment ses cou­leurs. Et vous, vous le faîtes. Le rose, omni­pré­sent, vient de vous relé­guer à la case “je ne serai jamais publié parce que je trippe sur le rose flash”.

Heu­reux d’avoir pu détruire votre carrière,

Bien à vous,

L’équipe d’Urbania*

Baon.

Puisque seul mon blog rose-mal-de-coeur me sert d’éditeur, je publie ma nou­velle ici. Dans tes dents, Urba­nia. Pfffff !

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POW!

Lorsque Marc a répondu « Non! » à la ques­tion « Mon amour, veux-tu m’épouser? », Julianne a senti la chaîne de la scie lui mor­ce­ler les fémurs. La dis­pa­ri­tion sou­daine de ses jambes la pro­jeta vio­lem­ment au sol, ce qui, bien évidem­ment engen­dra une frac­ture du nez et le sec­tion­ne­ment de ses deux palettes. « Je suis bien avan­cée main­te­nant », qu’elle se passa par réflexion. « Main­te­nant, qui va vou­loir marier une femme-tronc, éden­tée et au nez de boxeuse? ».

Marc et Julianne s’étaient ren­con­trés par l’entremise de leur amie Lucie. Lucie, une char­mante et plan­tu­reuse ser­veuse au Café Tulipe avait la répu­ta­tion de faire les meilleurs banana-split en ville. Ce qui est curieux, c’est qu’aucune banane, ni crème fouet­tée, ni sauce au cho­co­lat n’étaient uti­li­sés dans ses desserts.

Marc et Lucie avaient gran­dis côte à côte dans le quar­tier Fou­quet. Ils avaient pris leur bain ensemble, cueillis des bou­quets de pis­sen­lits et s’étaient fait des masques buc­caux de crème gla­cée au cho­co­lat. Ils étaient nés la même jour­née de la même année à quelques heures de dif­fé­rence. Leurs mères, se croi­sant à l’hôpital et trou­vant la situa­tion déso­pi­lante à sou­hait, sont deve­nues amies auto­ma­ti­que­ment. Leur ami­tié n’était fon­dée sur rien. Elles sou­hai­taient seule­ment que leur reje­ton res­pec­tifs ne res­sentent jamais la soli­tude dans laquelle elles se noyaient depuis des décennies.

Quant à Julianne, Lucie l’avait ren­con­trée dans une des nom­breuses réunions annuelle de l’Assemblée des Dis­ciples de Holey. À ce moment de sa vie, Julianne était en constance recherche de réponses à toutes les ques­tions exis­ten­tielles qui lui mar­te­let le cer­ve­let. Elle avait trouvé dans l’ADH une faci­lité à se lais­ser empor­ter par des paroles qui ne veulent rien dire. Selon elle, le gou­rou de cette secte n’avait aucune cré­di­bi­lité. Qui peut vrai­ment croire et mettre sa vie entre les mains d’un mec tout de lin vêtu, ven­tant les ver­tus de l’alimentation vivante qui croque dans des pas­tilles de sel pour éloi­gner les mau­vaises éner­gies? Mal­gré son sep­ti­cisme, elle conti­nuait à assis­ter à toutes les ren­contres afin que sa tête se mettre sur pause un ins­tant. Il est tel­le­ment plus simple de se lais­ser empor­ter par les paroles d’un autre, qu’elles soient dotées de sens ou non, que de se battre contre les mots qui vivent dans sa propre psychée.

Lucie quant à elle, trou­vait dans l’ADH des hommes per­dus, à la recherche de récon­fort, qui reti­raient rapi­de­ment leur pan­ta­lons et capable de s’arrêter un moment pour pleu­rer sur son épaule.

Un jeudi de sep­tembre, lors de la célé­bra­tion de la 78e Ronde, les deux demoi­selles s’étaient diri­gée au même moment vers le même canapé. En se tou­chant la main, elles se sont tou­chées le cœur. Un fou rire incon­trô­lable s’en est suivi; plus jamais elles n’ont remis les pieds ni même l’orteil dans une ren­contre de l’ADH.

Sou­dai­ne­ment, Julianne et Lucie ne se quit­tèrent plus. En quelques minutes, elles se connais­saient le passé et le pré­sent, avaient échan­gés leurs numé­ros de télé­phone, leurs cour­riels et leurs vêtements.

Chez Lucie, on y entre comme dans un mou­lin. Cette phrase s’applique aussi à son appar­te­ment. En décembre, un verre de vin à la main, elle et Julianne vivaient une vraie soi­rée de filles. Elles buvaient trop, pleu­raient et fai­saient des drames avec des riens.

– « J’ai vingt-six ans et je fais de la celu­liiiiiiiii­hiii­hiiii­hiiiiiii­teeeee­heeeeu­heuuuuuu…
– J’en ai trente et je n’ai même pas de RÉERrrraaaaaaaaaaahan… »

Sha­kes­peare avait alors l’air d’un imposteur.

Quand la porte s’est ouverte, quelques flo­cons brillants sont entrés en dan­sant au son du vent. Est alors appa­rut Marc et sa tuque du Cana­dien. Quand ses yeux se sont posés sur Julianne, ses 26 ans, sa cel­lu­lite et ses cou­lées de mas­cara, il savait qu’il était en amour.

Marc et Julianne ont rapi­de­ment emmé­na­gés ensemble. Ils ne pou­vaient sup­por­ter d’être sépa­rés l’un de l’autre. Ils ne pou­vaient non plus sup­por­ter que la mère de Marc choi­sisse tou­jours le moment du coït pour vou­loir faire goû­ter sa tarte au sucre à Julianne.

Le par­fait amour avec les mon­tagnes russes qui le com­pose les ber­çait depuis main­te­nant trois années com­plètes. Jour après jour, même quand Marc fai­sait des efforts pour être stu­pide et insup­por­table, Julianne regar­dait son homme avec des yeux tendres. Chaque jour, une douce et chaude dou­leur lui enva­his­sait la poi­trine et lui cha­touillait la luette. Lorsqu’elle fer­mait les yeux, elle se voyait rire avec lui jusqu’à la fin de sa vie.

C’est au moment où sa luci­dité lais­sait un mes­sage sur le répon­deur aver­tis­sant qu’elle sacrait le camp pour quelques jours que Julianne a senti la pen­sée sui­vante émer­ger : « Et si on se mariait? ». Dans son corps, cette idée lui sem­blait com­plè­te­ment géniale. L’image de sa sil­houette recou­verte d’une jolie robe blanche et des lèvres de Marc sur les siennes la pro­pulsa dans un état de posi­ti­visme dif­fi­cile à décrire. Elle aimait Marc et l’aimerait tou­jours. Pour­quoi ne pas en faire le ser­ment et en prime, rece­voir un nou­veau grille-pain?

La petite fille bleue qui vivait encore dans Julianne avait ima­giné ce moment autre­ment. La petite Julianne avait sou­haité long­temps qu’un bel admi­ra­teur secret se rende chez son père pour lui demandé sa main avant de s’agenouiller devant elle. Elle por­te­rait alors une robe lilas, vapo­reuse et ses che­veux en cas­cade lui cou­vri­raient les seins. Un joueur de flûte tra­ver­sière enta­me­rait un air peu connu alors qu’elle sui­vrait cet amour nais­sant jusqu’au bout du monde. En temps réel, Julianne et ses pan­ta­lons de jog­ging gris s’apprêtait à faire la grande demande à l’homme qui man­geait en lais­sant des miettes dans sa barbe « pour sa collation ».

« Ah, et puis merde ! » se dit-elle. « Notre bon­heur est simple et joyeux. Je n’ai pas besoin d’un temple Arabe, d’une for­tune, d’une pro­messe de jours meilleurs. Tout ce que je veux, c’est aimer mon homme jusqu’à la fin de ma vie et lui en faire la promesse ».

Jog­gings et t-shirt, les che­veux en chi­gnon incon­grus et une pomme à la main, Julianne se lança. Elle s’avança vers Marc qui était allongé sur le divan avec son bou­quin, s’assit par terre et se mit à jouer dans ses che­veux. Marc leva ses yeux du récit.

– « Mon amour, veux-tu m’épouser? »
– Non.

Quand les restes de dents de Julianne se retrou­vèrent sur le sol, Marc avait déjà ter­miné son chapitre.


* DRAMATISATION. LES GENS D’URBANIA SONT GENTILS.

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* Source image: http://www.flickr.com/photos/brandoncwarren/4164759025/

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Publié le
Wednesday, November 11th, 2009
Catégorie(s):
J'écris.
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Un commentaire sur “Finalement, ils m’aiment, mais n’aiment pas le rose…”

J’aime beau­coup.

November 21st, 2009
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