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Conte de l’avant dodo –2


Il était une fois, pas très loin de chez moi, une femme habile de ses mains. Elle pou­vait coudre, peindre, cui­si­ner, défaire des noeuds très très ser­rés et même faire de tartes. Elle était habile, il n’y avait aucun doute là dessus.

Ce que la plu­part des gens igno­raient, c’est qu’elle pos­sé­dait une autre habi­leté. Celle de se créer des sou­cis et des frus­tra­tions. À ses yeux, tout était sujet à cri­tique néga­tive et/ou à confec­tion de drame. Le mon­sieur qui ramasse le recy­clage avait envoyé son bac sur le ter­rain de son voi­sin: c’était auto­ma­ti­que­ment une ordure mal-élevé qui avait pro­ba­ble­ment som­bré dans la drogue à cause des pro­fes­seurs qui ne savent plus écrire le fran­çais. La femme de la caisse a pris le temps de vider son tiroir-caisse et de faire un dépôt avant de la pas­ser: elle avait alors perdu un temps pré­cieux qu’elle aurait pu uti­li­ser à bien d’autre chose et, en prime, elle avait man­qué son auto­bus et avait du attendre un autre 15 minutes avant de pou­voir se rendre chez elle.

Je pour­rais énumé­rer des situa­tions sem­blables pen­dant des lignes et des lignes. Cette chère dame était donc tou­jours de mau­vaise humeur, stres­sée et entrain de chiâ­ler. Inutile de pré­ci­ser qu’elle rece­vait rare­ment de visites sur­prises ou de coups de télé­phones. Les gens la craignaient.

Un matin, celle qu’on nom­mera la Dame Grise (aucune cou­leur joyeuse ne pou­vant y être asso­ciée) se réveilla avec une sen­sa­tion désa­gréable dans l’estomac. “In n’autre affaire” qu’elle se dit. N’ayant per­sonne à qui se plaindre, elle atta­cha son chat sur une chaise de cui­sine pour l’empêcher de fuir et ainsi lui déver­ser tout ce qu’elle avait sur le coeur. Car oui, même le chat ten­tait de s’échapper.

Chaque jour lui ame­nait sa nou­velle quan­tité de paroles néga­tives et chaque parole néga­tive aug­men­tait la dou­leur dans son esto­mac. La Dame Grise était loin de faire le lien entre son vomi ver­bal et sa dou­leur. Pour elle, Dieu, Boud­dha et leurs autres copains en avaient encore contre elle. Sans comp­ter que l’eau de sa ville était mal fil­trer et que ses voi­sins vivaient en fai­sant tel­le­ment de bruits qu’il était impos­sible pour elle de relaxer.

Un jour, on cogna à sa porte; ce qui engen­dra chez elle un quasi-infarctus, n’étant plus habi­tuée d’entendre ce son. Au lieu d’apprécier la visite, elle mau­gréa contre le cave qui osait venir la déran­ger ainsi.

En ouvrant la porte, elle posa les yeux sur son visi­teur, un grand sol­dat rose, sem­blable à un casse-noisette mais sa les airs de schi­zo­phré­nie. Le sol­dat n’attendit pas qu’elle l’invite à entrer (invi­ta­tion qui, il le savait d’emblée, ne vien­drait pas avant qu’il ait à entendre tout le mal qu’il venait de lui faire) et s’installa rapi­de­ment dans la chambre d’amis de la mai­son de la Dame Grise.

Si pen­dant les pre­mières secondes, la Dame Grise était trop occu­pée à essayer de com­prendre ce qui se pas­sait pour réagir, les secondes sui­vantes elle pesta contre la vie, appela les poli­ciers (qui ne se pré­sen­tèrent jamais) et tenta par tous les moyens de faire sor­tir le sol­dat de sa mai­son. Rien n’y fai­sait. Le sol­dat rose était assis bien droit sur le fau­teuil, le chat sur les genoux et sou­riait. “Je suis ici pour vous offrir de nou­velles lunettes”.

La suite, dans quelques jours…
Bonne nuit !

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Publié le
Monday, March 8th, 2010
Catégorie(s):
Conte de l'avant-dodo.
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