Il était une fois, pas très loin de chez moi, une femme habile de ses mains. Elle pouvait coudre, peindre, cuisiner, défaire des noeuds très très serrés et même faire de tartes. Elle était habile, il n’y avait aucun doute là dessus.
Ce que la plupart des gens ignoraient, c’est qu’elle possédait une autre habileté. Celle de se créer des soucis et des frustrations. À ses yeux, tout était sujet à critique négative et/ou à confection de drame. Le monsieur qui ramasse le recyclage avait envoyé son bac sur le terrain de son voisin: c’était automatiquement une ordure mal-élevé qui avait probablement sombré dans la drogue à cause des professeurs qui ne savent plus écrire le français. La femme de la caisse a pris le temps de vider son tiroir-caisse et de faire un dépôt avant de la passer: elle avait alors perdu un temps précieux qu’elle aurait pu utiliser à bien d’autre chose et, en prime, elle avait manqué son autobus et avait du attendre un autre 15 minutes avant de pouvoir se rendre chez elle.
Je pourrais énumérer des situations semblables pendant des lignes et des lignes. Cette chère dame était donc toujours de mauvaise humeur, stressée et entrain de chiâler. Inutile de préciser qu’elle recevait rarement de visites surprises ou de coups de téléphones. Les gens la craignaient.
Un matin, celle qu’on nommera la Dame Grise (aucune couleur joyeuse ne pouvant y être associée) se réveilla avec une sensation désagréable dans l’estomac. “In n’autre affaire” qu’elle se dit. N’ayant personne à qui se plaindre, elle attacha son chat sur une chaise de cuisine pour l’empêcher de fuir et ainsi lui déverser tout ce qu’elle avait sur le coeur. Car oui, même le chat tentait de s’échapper.
Chaque jour lui amenait sa nouvelle quantité de paroles négatives et chaque parole négative augmentait la douleur dans son estomac. La Dame Grise était loin de faire le lien entre son vomi verbal et sa douleur. Pour elle, Dieu, Bouddha et leurs autres copains en avaient encore contre elle. Sans compter que l’eau de sa ville était mal filtrer et que ses voisins vivaient en faisant tellement de bruits qu’il était impossible pour elle de relaxer.
Un jour, on cogna à sa porte; ce qui engendra chez elle un quasi-infarctus, n’étant plus habituée d’entendre ce son. Au lieu d’apprécier la visite, elle maugréa contre le cave qui osait venir la déranger ainsi.
En ouvrant la porte, elle posa les yeux sur son visiteur, un grand soldat rose, semblable à un casse-noisette mais sa les airs de schizophrénie. Le soldat n’attendit pas qu’elle l’invite à entrer (invitation qui, il le savait d’emblée, ne viendrait pas avant qu’il ait à entendre tout le mal qu’il venait de lui faire) et s’installa rapidement dans la chambre d’amis de la maison de la Dame Grise.
Si pendant les premières secondes, la Dame Grise était trop occupée à essayer de comprendre ce qui se passait pour réagir, les secondes suivantes elle pesta contre la vie, appela les policiers (qui ne se présentèrent jamais) et tenta par tous les moyens de faire sortir le soldat de sa maison. Rien n’y faisait. Le soldat rose était assis bien droit sur le fauteuil, le chat sur les genoux et souriait. “Je suis ici pour vous offrir de nouvelles lunettes”.
La suite, dans quelques jours…
Bonne nuit !

